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I. Un Premier Noël

Il était une fois, dans un pays lointain où la neige et l’hiver régnaient en permanence, un vieil homme à la longue barbe blanche. 

Assis sur une chaise à bascule, devant sa maison, il regardait inlassablement tomber la neige. Dans ses mains, il tenait un morceau de bois qu’il sculptait minutieusement à l’aide d’un vieux couteau. Il avait pris pour modèle un renne qui venait tous les jours à l’orée de la forêt, manger l’écorce des arbres.
Parfois, quand le vent soufflait fort et que la neige tourbillonnait, le renne se mettait à courir après les flocons. Il courait si vite que le vieil homme avait fini par le surnommer “Tornade”.

Un jour, l’homme attendit en vain la venue de l’animal. Alors que la nuit tombait, il s’en inquiéta un peu. Lorsque le froid se fît trop mordant, il rentra dans la maison, attisa le feu et avala un grand bol de soupe. Il acheva la sculpture du renne, puis, après avoir lu quelques pages de son livre préféré, il alla se coucher en espérant voir Tornade le lendemain.
La nuit lui fût extrêmement difficile. Il mit beaucoup de temps à s’endormir et lorsqu’il y parvint, de nombreux cauchemars l’assaillirent. Si bien qu’au matin, il se leva fatigué.

Son inquiétude l’ayant reprit, il engloutit son petit déjeuner puis se posta immédiatement devant sa porte et entreprît d’attendre le renne. Comme la journée s’avançait et que celui-ci ne venait toujours pas, il décida de partir à sa recherche. Il se saisit d’un grand manteau, d’un bonnet chaud et enfila deux grandes bottes. Dans sa poche, il fourra la sculpture du renne. Puis, d’un pas décidé, il s’en alla dans la forêt à la recherche de Tornade.

Durant des heures, il marcha dans la neige profonde, au milieu des sapins. Le vent soufflait fort, mais il ne neigeait pas, si bien que le vieil homme pouvait voir à plusieurs mètres à la ronde. Il marcha longuement sans pour autant retrouver le renne.
Cependant, alors qu’il se reposait contre un arbre, il entendit au dessus de lui une petite voix l’interpeller :

“Que fais-tu ici, Barbe-Blanche ?”
Levant la tête et n’apercevant rien d’autre que les branches du sapin, il se dit que son imagination lui jouait des tours. Pourtant, à ses pieds, il entendit encore la petite voix :
“Dis-donc, Barbe-Blanche, je t’ai posé une question !”
Le vieil homme pencha la tête et aperçut alors un petit lutin tout habillé de vert qui le regardait fixement de ses yeux bleus pâles.
“ Je cherche un ami, dit simplement le vieil homme.
- Des amis j’en ai des tas, répondit joyeusement le lutin. Veux-tu que je te les présente ?
- Cela me ferait bien plaisir, mais je dois d’abord retrouver mon ami.
- Ah ah ! Tu m’as dit que tu cherchais un ami, pas que tu en avais déjà un et que tu l’avais perdu !
- Pourrais-tu m’aider à le retrouver ?
- Comment est-il ? demanda le lutin
- Poilu, avec quatre pattes et des grandes cornes sur la tête.
- Il est bizarre ton ami. Il ressemble à un renne.
- C’est effectivement un renne. Je l’ai appelé Tornade.
- Tu es ami avec un renne ? “
Le lutin, incrédule, regardait le vieil homme de biais.

“ Oui, enfin je crois. Nous n’avons jamais vraiment parlé ensemble en fait. Il vient près de ma maison tous les jours et je le regarde danser dans les flocons. Notre amitié se résume à cela.
- Et pourquoi penses-tu qu’il est perdu ?
- Il n’est pas venu hier.
- Les rennes vont et viennent dans la forêt. Ils ne restent jamais longtemps au même endroit.
- J’aimerais m’assurer qu’il va bien.
- Il arrive aussi qu’ils s’égarent dans le village des hommes.
- Ah bon ? Où est ce village ? demanda le vieil homme.
- Suis-moi, je vais te montrer.”

Le lutin se déplaça rapidement en sautillant dans la neige. Le vieil homme, malgré ses grandes jambes et ses grandes bottes, eût peine à le suivre.

“Toute cette neige dans laquelle on s’enfonce, grommela-t-il dans sa barbe. Ce serait tout de même plus simple avec un traîneau !”

La nuit commençait à tomber. L’étoile du berger fit son apparition. Puis ce fût au tour de l’étoile polaire. Le vieil homme était fatigué de suivre le lutin qui continuait à bondir dans la neige à une vitesse folle. Alors qu’il allait lui demander de s’arrêter un instant, il se retrouva subitement hors de la forêt.

Il faisait noir à présent, et dans la petite vallée qui s’étendait devant, les lumières d’un village brillaient comme une guirlande colorée.

“Voilà ! dit le lutin. C’est ici.
- Alors allons-y, dit le vieil homme.”

Ensemble, ils se dirigèrent vers le village. Ils accédèrent bientôt à un sentier dépourvu de neige qui petit à petit se mua en une route praticable. Le lutin suivait le vieil homme. Caché derrière lui, il regardait le village avec méfiance.

Ils se déplaçaient avec une incroyable discrétion et rapidement ils atteignirent le village. A cette heure-ci, les rues étaient désertes. Le vieil homme en profita pour se déplacer librement, de maison en maison, à la recherche du renne.

Ils avaient déjà visité la moitié du village lorsqu’ils atteignirent une petite fermette, autour de laquelle était disposé un enclos. Les deux visiteurs s’en approchèrent et découvrirent là plusieurs animaux, dont trois vaches brunes, un cheval de trait et huit rennes.
“Ton ami est-il là ? demanda le lutin.”
Le vieil observa rapidement les animaux et constata la présence de Tornade.
“ Oui, dit le vieil homme en pointant le renne du doigt, c’est celui-ci.
- Bien, dit le lutin, alors libérons-le et sauvons-nous !“

Ils pénétrèrent doucement dans l’enclos et s’approchèrent de Tornade. Ce dernier, à la vue du vieil homme, se mit à bondir de joie. L’homme lui caressa le museau, puis, doucement, le guida vers la sortie.
Alors qu’ils en étaient tout proche, Tornade se cabra brusquement et refusa d’avancer davantage. Le vieil homme et le lutin ne comprirent pas son comportement. Mais lorsqu’un second renne les rejoignit, le lutin dit :
“Je crois qu’il a une amoureuse à présent.
- Je vois, dit le vieil homme en souriant. Alors on l’emmène avec nous.”

Et c’est ainsi qu’il atteignirent la porte de l’enclos. Ils l’ouvrirent silencieusement et firent passer les deux rennes. Mais ils ne purent se résoudre à la refermer lorsque les six autres rennes suivirent le mouvement.

“Nous voilà avec huit rennes à présent, dit le lutin.
- Oui, dit le vieil homme embarrassé. Cela m'ennuie de délester ainsi ce fermier !
- Pourquoi, dit le lutin ? Les rennes appartiennent à la forêt, pas au fermier !
- C’est vrai, mais tout de même … Que dira-t-il demain lorsqu’il découvrira que les rennes ne sont plus là ?
- Peu importe! Il n’aurait pas dû les garder de toute façon. Les rennes doivent rester libres.”
Le vieil homme regarda un instant la maison, puis se retourna vers le lutin.
“Pars avec les rennes. Reprend le chemin qui nous a mené au village et attend moi à la lisière de la forêt. Je te rejoindrai là-bas.
- Que vas-tu faire ?
- Je vais lui laisser un petit souvenir.”

Le lutin le regarda, sceptique, puis haussa les épaules et s’en alla avec les rennes. Pendant ce temps, le vieil homme fît le tour de la maison. Par une fenêtre, il regarda à l’intérieur. Tout le monde dormait. Alors il grimpa sur le toit pour atteindre la cheminée en brique rouge. Y jetant un regard, il constata qu’aucun feu n’y brûlait.
Lestement, il se glissa à l’intérieur et descendit le long du conduit, son manteau et son pantalon raclant les bords.
En bas, il entra couvert de suie dans la maison. Il observa un instant la pièce dans laquelle il se trouvait et découvrit dans un coin un vieux sapin destiné à être débité et envoyé au feu. Au sol reposait une vieille chaussette trouée. A en juger par sa taille, elle devait probablement appartenir à un enfant. Il s’en approcha et sortit de sa poche la délicate sculpture de renne qu’il avait réalisé. II la laissa là, sur la chaussette, au pied du sapin, puis s’en retourna dans la cheminée qu’il escalada pour ressortir de la maison.

Puis, au pas de course, il rejoignit le lutin à l’orée du bois. Voyant arriver le vieil homme couvert de suie et ses habits coloré de rouge par la brique de la cheminée, il leva un instant un sourcil avant de hausser à nouveau les épaules :
“Ces couleurs vous vont bien !”
Le vieil homme regarda ses habits, puis éclata de rire. Autour de lui, un des rennes se mit à sauter joyeusement.
“Doucement ! Douuucement Danseuse, dit le lutin.
- Tu lui a donné un nom, demanda le vieil homme.
- Oui, et aux autres aussi ! Celle-ci je l’ai appelé Danseuse, car elle cabriole toujours partout. C’est l’amoureuse de Tornade. Et lui, c’est Furie. Il avance toujours fièrement, comme s’il voulait montrer sa puissance aux autres. Il a aussi une compagne. C’est celle qui a une petite tache blanche sur le dos là bas. Je l’ai appelée Fringante car elle est élégante et joyeuse. Là-bas, celui qui est gris argenté avec une longue queue, je l’ai appelé Comète. Inutile de dire pourquoi. Son amoureuse, c’est celle-ci. Elle ne le quitte pas un instant alors je l’ai appelée Cupidon. Enfin les deux derniers, c’est Tonnerre et Éclair. Il faut les voir courir ensemble. On dirait un orage qui balaie l'horizon. Et toi, qu’as tu fais pendant ce temps ?”

Le vieil homme raconta alors au lutin son petit périple dans la maison. Une fois qu’il eut fini, il le regarda avec malice. Puis, les mains sur les hanches, il se retourna vers la vallée pour observer le village endormi.
“Je me suis bien amusé ce soir. Et si on recommençait l’an prochain ?
-Oh oui ! Mais cette fois, on déposera des jouets dans toutes les maisons !
- Ça c’est une belle idée ! Conclut le vieil homme.”

Puis il laissa échapper un rire tonitruant qui résonna dans toute la vallée.

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